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Syndrome de la bête traquée
--> ou comment apprendre à être détendu
Je me demande pourquoi tous les mecs pensent tout de suite qu’on va tomber amoureuses d’eux, ou bien que c’est déjà fait… :o) Naaaaaaaaan, je plaisante, c’est pas de ça que je veux parler. Ce que je me demande, c’est pourquoi je n’arrive jamais à être détendue. Hier soir j’ai essayé de faire un exercice psychologique où je devais me rappeler d’un moment très agréable dans ma vie, retrouver les odeurs, les saveurs, l’atmosphère, les couleurs… D’abord ça, c’était drôlement difficile. Le plus souvent, des parfums que j’utilisais me font penser à des EPOQUES de ma vie, mais pas à des situations particulières. Ensuite, je me suis rendue compte que tous les moments agréables ont été suivis de très près par des moments forts désagréables, et c’est toujours le souvenir désagréable qui l’emporte.

J’ai 21 ans et je suis au bord de la mer. J’adore la mer. Je suis jeune, bronzée, pas trop grassouillette (j’ai des photos de l’époque), et je nage assez bien, mais je n’aime pas m’éloigner de la côte. A un moment je suis allée un peu trop loin, et je me suis vite retournée pour regagner la plage. Et de la plage, ma cousine, de quelques mois mon aînée, et mon frère, ado de treize ans, me lançaient des private jokes qui me faisaient trop rigoler. J’ai commencé à rire et en une seconde j’avais la bouche pleine d’eau. J’ai commencé à suffoquer, alors qu’eux continuaient à me faire rire à qui mieux mieux. « Mais vous êtes fous, je vais me noyer!!!» Un monsieur qui nageait pas loin, qui a vu que j’avais commencé à paniquer, m’a demandé si j’allais bien. « Oui, oui… » Bien sûr, j’ai nagé jusqu’à la côte sans problèmes majeurs, toujours furieuse contre ces deux imbéciles. C’est un beau souvenir. Mais, c’est aussi une époque de grosses disputes entre mes parents à cause de la jalousie pathologique de mon père, une époque où j’ai annoncé à mon père que je fumais, et il l’a très mal pris, une époque où mes parents et ma cousine ont eu un accident de voiture, pas trop grave, mais quand-même…

J’ai 35 ans et je viens d’emménager dans mon studio rien qu’à moi. Un copain de longue date me téléphone et vient me voir. On ne sait pas trop pourquoi ni comment, mais nous nous retrouvons au lit. C’était choquant, quasi incestueux, nous étions trop amis et nous n’avions jamais pensé pouvoir coucher ensemble. Cependant, c’est bien, et je le prends comme tel. Et je le dis. Lui, en revanche, semble vraiment choqué (bien que ça ait été lui l’initiateur), et me dit que même si lui aussi à pris du plaisir à ce contact, il a l’impression d’avoir couché avec sa mère (j’espère qu’il aurait dit sa sœur s’il en avait une). Il nous a fallu quatre mois pour retrouver notre amitié d’avant. Nous n’avons plus jamais reparlé de notre épisode sexuel. Je n’ai jamais été amoureuse de ce garçon, et je n’ai pas de regrets. Pourtant, quand je pense à cet épisode, je retrouve dans mes souvenirs surtout son visage rouge et confus et je l’entends dire: « Rien à voir avec toi, mais je ne pourrais jamais recommencer, j’ai l’impression d’avoir fait l’amour à ma mère ».

Je n’ai jamais été complètement détendue. Euphorique oui, crispée oui, dans l’expectative oui, aux aguets oui. Mais jamais détendue, ou tout du moins je ne m’en souviens pas.

Ou si, après avoir fait de la gym ou nagé, justement. Donc, il faut se livrer à des exercices physiques, bonne conclusion! Pour le reste, non. Dès que je ne suis pas seule, dès qu’il s’agit de regarder et d’être regardée, de parler et d’écouter, je deviens crispée. Probablement fidèle à mon scénario « imprimé dans ma tête », où j’envisage un mauvais déroulement, une mauvaise fin, et ce plus ou moins inconsciemment…
Et c’est moi qui dis tout ça ? Moi, la forte qui encourage les autres, « garanti sans nuages gris », même si ça va pas top? Hmmm, donc mon agoraphobie (et pas claustrophobie, mon Lolo) n’est en fait pas une peur de l’espace, mais une peur de tous les dangers qui « guettent de partout » (dixit ma mère, pas en de tels termes, mais plus ou moins, et ce toute ma vie durant…). Comme si j’étais une bête traquée, toujours à redouter le danger, les blessures, la mort.
Et c’est pour cela que je n’arrive pas à me détendre. Pourtant, il suffit d’une faible dose de Xanax pour que ça aille carrément mieux. Ce matin j’ai traversé des espaces assez vastes, j’ai parcouru des trottoirs larges, j’ai marché à pied avec mon taximan jusqu’à la boulangerie où nous nous sommes acheté un très bon petit déjeuner que nous avons mangé chez moi en discutant de choses et d’autres. Rien à voir avec la grosse déprime de ce matin que j’avais rien qu’à l’idée de sortir.
L’anxio est une béquille, je sais, mais une béquille qui m’aide à comprendre que tout ce qui me semble impossible est très possible. Et qui m’aide à comprendre qu’il est nécessaire de se mettre en équilibre avec son subconscient. Lui apprendre des choses positives, constructives, oublier le fameux « et que se passera-t-il si… » Et j’ai beau être très «anti-médocs», je pense que je vais faire tout, désormais, pour pouvoir bouger davantage. Et surtout, être plus détendue. Pouvoir se souvenir de moments de mon passé où j’étais heureuse et sans aucun souci, sans tout de suite y associer d’autres moments, désagréables…
Alors voilà. J’ai fait long. Je suis trop bavarde. Mais c’est moi, je suis comme ça.

Ecrit par cielbleu, le Lundi 20 Octobre 2003, 21:33 dans la rubrique Juste comme ça....