Mon journal, c’est le frère aîné de ce joueb. Il a trente ans et habite dans des dizaines de cahiers de différents formats, de diverses couleurs et de couvertures allant d’un carton mince déjà tout à fait usé (et pour certains déchiré ou renforcé par du scotch) à des reliures plus ou moins élégantes.
Mon journal, toujours ami le plus fidèle, a grandi avec moi, aimé avec moi, pleuré avec moi.
A présent, il change de logement et vient s’installer sur les pages blanches de Word. Il est toujours propre, bien habillé, bien peigné. Mais au fond, il n’a pas changé. Après quelques pages où j’écrivais un peu influencée par le style du journal publié, j’ai retrouvé mon bon vieux journal aux phrases longues, pleines de détails, de questionnements et d’analyses. Celui qu’a commencé à écrire l’adolescente, alors en classe de cinquième, pour raconter que lorsque le garçon qui lui plaisait avait cassé ses lunettes dans le hall de l’école, elle s’était arrangée pour ramasser, inaperçue, quelques débris et les garder bien soigneusement (que sont-ils devenus par la suite? Mystère…). Elle semblait avoir oublié cela des années plus tard, lorsqu’elle se moquait gentiment d’une autre adolescente qui ramassait en cachette les mégots jetés par ce gars dont étaient amoureuses toutes les adolescentes du voisinage, et qui lui, préférait la compagnie de cette jeune fille de quelques années son aînée, qui ne quittait pas ses jeans et avait des cheveux courts aux coupes toujours les plus modernes et aux teintes différentes tous les mois ou presque (moi, la fille). (Remarquez ma contribution au sujet obligatoire à la RDJ – la coiffure). Ce garçon, mon journal le connaît bien (il connaît plein de garçons en fait…). Il a aussi du apprendre un peu de roumain, le russe et le français, pour pouvoir écouter mes confidences en ces langues.
En ce moment, mon journal est un peu déconcerté. Je le retrouve brièvement au cours de la journée pour noter quelques phrases, et un peu plus longuement vers les deux ou trois heures du matin, pour conclure l’édition du jour. Il m’écoute toujours patiemment, même s’il voit bien que je suis un peu déboussolée et que parfois j’ai du mal à suivre le fil de mes pensées et émotions. Il a parfois du mal à suivre lui aussi, surtout avec mes passages inopinés du serbe au français et vice-versa. Ben oui, je ne vais tout de même pas traduire des propos qu’il comprend aussi bien que moi.
En tout cas, c’est chouette d’avoir pour confident un beau jeune homme qui écoute toujours ce que je raconte et qui approuve toujours tout, sans faire de remarques. J’espère qu’il restera toujours comme ça. Je l’aime bien, mon journal.
Commentaires :

Pour moi, ça irait bien mais j'y rajouterais la fougue incessante, la passion toujours renouvelée et le corps à corps serré, serré, serré...
Bisous