Tout au fond de l’Océan, dans une merveilleuse grotte faite d’une roche aux reflets rosâtres, au sol recouvert de sable étincelant, se trouvait l’Ecole pour les enfants de Neptune. C’est là que se faisait l’apprentissage de la Petite sirène.
La Petite sirène entra dans la classe et alla silencieusement jusqu’à sa place. Elle était heureuse d’avoir bien appris ses leçons et impatiente de les réciter, car elle aimait beaucoup son Maître qui avait toujours pour elle le sourire et un regard bienveillant. Il est vrai que les derniers jours il était un peu plus distrait que d’habitude, en parlant pendant les leçons il faisait de longues pauses, et les coquillages que la Petite sirène recevait en récompense n’étaient plus aussi brillants qu’avant. Mais la Petite sirène avait toujours les yeux pleins d’étoiles en l’écoutant. Lorsque le Maître l’appela au tableau son petit cœur de sirène se mit à battre un peu plus fort et son visage s’illumina d’un sourire timide. Elle se tint devant le Maître et commença à parler d’une voix claire. Il se taisait, mais elle vit son visage s’assombrir. Ses questions brèves la déconcertaient et l’empêchaient d’aller plus loin. Il semblait avoir oublié tout ce qu’il lui avait enseigné et paraissait être de plus en plus mécontent. Cependant, la Petite sirène était sûre d’avoir bien retenu ses leçons. Elle respira un grand coup, prit son courage à deux mains et répéta tout ce qu’il lui avait appris. « Tu as tout mal interprété », lui dit le Maître d’une voix dure. La Petite sirène eut un petit pincement au cœur, mais continua à parler avec assurance et avec le sourire. Finalement le Maître dit: « Oui, c’est mieux à présent ». La Petite sirène pensa qu’elle disait bien la même chose depuis le début, mais elle ne dit rien. Elle savait bien que le Maître n’aimait pas qu’on le contredise. En même temps, elle eut dans son cœur un petit sourire pour son Maître si distrait qui allait jusqu’à oublier les leçons qu’il lui avait enseignées. Ce sourire finit par remplir son cœur, qu’elle sentit très léger. Elle adressa à son Maître son regard le plus chaleureux et puis se dirigea vers la porte et sortit de la classe. Son sourire léger l’emporta à la surface, où elle s’assit sur un rocher, en tournant le dos à la Vérité. Elle resta là à chanter, à rire et à contempler les bateaux qui passaient. Parfois, elle retournait à l’Ecole de Neptune voir son Maître qu’elle continuait à aimer de tout son cœur. Mais au fond de l’Océan, sa voix claire de sirène avait disparu pour toujours, et les étoiles se cachaient tout au fond de ses yeux sans plus jamais se montrer.
Elle était enfin libre et heureuse.
Andersen avait tout faux.
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